Etats-Unis : triplement du taux de syphilis maternel entre 2016 et 2022 ; dans le Mississippi l'augmentation a été de 1000% témoignant d'une défaillance du système de santé publique

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Aux Etats-Unis, des efforts soutenus en matière de santé publique ont quasiment éradiqué la syphilis il y a 20 ans. L'arrêt des épidémies reposait sur un dépistage et un traitement systématiques de cette infection sexuellement transmissible (IST) chez les personnes infectées, ainsi que sur le traçage, le dépistage et le traitement de leurs partenaires sexuels.

Avec la fermeture des centres de dépistage et de traitement des IST et les licenciements du personnel de santé publique, la syphilis a fait un retour en force, avec des conséquences « catastrophiques » pour les nouveau-nés de mères infectées. Les restrictions budgétaires mises en œuvre à l'échelle de l'État en 2015 ont entraîné la fermeture de nombreuses cliniques et une réduction des effectifs de santé publique.

Aux États-Unis, le taux de syphilis maternelle a triplé entre 2016 et 2022, atteignant 280,4 cas pour 100 000 naissances en 2022, selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC).

Les cas augmentent encore plus rapidement dans le Mississippi, où le taux d'infections maternelles à la syphilis a progressé de plus de 1 000 % entre 2013 et 2023, selon une étude publiée dans JAMA Network Open. Au cours de cette décennie, le nombre d'infections maternelles dans le Mississippi est passé de 86 à 1 016 cas pour 100 000 naissances.

Les taux de syphilis congénitale sont en hausse depuis 12 années consécutives, avec près de 4 000 cas recensés en 2024, selon les CDC.

Le Mississippi est confronté à des défis sanitaires particuliers, notamment un taux de pauvreté élevé et un grand nombre de personnes sans assurance maladie. En août, l'État a déclaré l'état d'urgence sanitaire en raison de la forte augmentation du taux de mortalité infantile.

La syphilis est plus fréquente chez les personnes souffrant de troubles liés à l'usage d'opioïdes, ainsi que chez celles qui ont été incarcérées ou qui ne disposent pas d'assurance maladie.

Concernant les infections syphilitiques maternelles au Mississippi, « il est facile de comprendre que notre situation pourrait préfigurer celle du reste du pays », a déclaré l'auteur principal de l'étude. Selon lui, les taux élevés de syphilis maternelle et infantile, pourtant évitables, témoignent des défaillances du système de santé publique.

L'étude a révélé que le risque de syphilis maternelle était le plus élevé chez les femmes noires, les femmes de moins de 24 ans, les femmes célibataires et celles n'ayant pas bénéficié d'un suivi prénatal complet. 

Cette étude devrait sonner l'alarme en matière de santé publique, selon un éditorial du Dr Robert L. Cook, professeur d'épidémiologie à l'Université de Floride.

Cependant, les coupes budgétaires aux CDC pourraient compliquer le suivi des cas de syphilis et le recrutement de personnel de santé publique, écrit le Dr Cook. L'administration Trump a drastiquement réduit le financement de la santé publique et fermé les laboratoires des CDC qui effectuaient des tests de dépistage des IST et de l'hépatite.

Dans son éditorial, le Dr Cook souligne une pénurie nationale de pénicilline injectable, seul médicament autorisé pour traiter la syphilis pendant la grossesse. Il constate que les agences de santé publique alertent les professionnels de santé sur cette pénurie et les incitent à en donner la priorité aux femmes enceintes.

Le Groupe de travail américain sur les services de prévention et le Collège américain des obstétriciens et gynécologues recommandent tous deux le dépistage de la syphilis chez les femmes enceintes. Au moins dix États américains – l'Alabama, l'Arizona, le Colorado, la Géorgie, le Maryland, le Mississippi, le Missouri, la Caroline du Nord, le Tennessee et le Texas – exigent désormais le dépistage de la syphilis pendant la grossesse. Cependant, un dépistage au cours du premier trimestre de grossesse est insuffisant, car des femmes qui, après avoir été dépistées et traitées en début de grossesse, ont été réinfectées par le même partenaire avant l'accouchement.

En France, lors d'une grossesse, un dépistage est obligatoire chez la femme enceinte, idéalement lors des 3 premiers mois de grossesse. Cet examen est réalisé lors de la première consultation.

Il peut être proposé avant même la grossesse lors de la consultation préconceptionnelle.

Lors de la grossesse, le dépistage est renouvelé au cours du 3e trimestre, idéalement avant la 28e semaine de grossesse, chez les femmes à risque de syphilis. C’est-à-dire les femmes enceintes :

  • ayant des rapports sexuels non protégés avec un nouveau partenaire après le premier dépistage ;
  • dont le conjoint est dans cette situation.

Source : CIDRAP

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