Vaccination contre le chikungunya : la HAS veut étendre ses recommandations et réévaluer la contrindication du vaccin pour les plus de 65 ans
Depuis l’épidémie survenue sur l’île de La Réunion en 2005, avec l’expansion des moustiques capables d’en assurer la transmission, le chikungunya est à présent perçu comme une menace pour de nombreuses régions du globe, y compris en zone tempérée. Cette évolution a conduit à accroitre les recherches sur la maladie, en particulier pour la mise au point de vaccins. Deux d’entre eux sont maintenant disponibles en France, les vaccins Ixchiq® de Valneva, composé d’un virus chikungunya atténué, et Vimkunya® de Bavarian Nordic, un vaccin sous-unité recombinant.
Lorsqu’une épidémie s’est reproduite à Mayotte et à La Réunion début 2025, une campagne de vaccination utilisant le vaccin Ixchiq, alors seul disponible, a été lancée en urgence. Elle visait à protéger les personnes âgées de 65 ans et plus et les adultes âgés de 18 à 64 ans présentant des comorbidités, jamais infectés par le chikungunya auparavant, populations les plus susceptibles de présenter des formes graves de l’infection. Cependant, la survenue de trois événements indésirables graves ayant suivi l’administration du vaccin chez des personnes de plus de 65 ans a conduit la HAS (Haute autorité de santé) à réviser cette recommandation. Les trois cas s’ajoutaient aux cas rapportés précédemment par les CDC américains depuis la mise en service du vaccin. Il s’agissait, pour deux cas, d’une atteinte neurologique, dont une d’évolution mortelle, survenue dans un tableau évoquant un chikungunya (« chik-like »), avec présence du virus vaccinal dans les prélèvements. En conséquence, l’utilisation de Ixchiq chez les personnes de 65 ans et plus a été suspendue.
Face à la poursuite ou à la reprise des épidémies dans les DROM (Départements et régions d’outre-mer) et à un risque d’extension, à la possibilité de foyers métropolitains plus fréquents, et pour tirer parti de la disponibilité d’un deuxième vaccin, la HAS a décidé de réexaminer sa décision à la lumière de nouveaux éléments. Les experts rassemblés devront répondre à plusieurs questions, notamment sur les scénarios épidémiques possibles, en métropole et dans les DROM, les risques et bénéfices de la vaccination en fonction des catégories de personnes concernées, les considérations économiques et éthiques, l’équité, l’acceptabilité et la faisabilité des mesures. Un calendrier prévisionnel de travail est établi. La recommandation élaborée par le groupe de travail devrait subir un premier examen par la Commission technique des vaccinations (CTV) en juin 2026 pour être présentée au Collège de la HAS fin septembre. Elle concernera les adolescents âgés de 12 à 17 ans avec et sans comorbidités, les adultes âgés de 18 à 64 ans avec et sans comorbidités, les adultes âgés de 65 ans et plus avec et sans comorbidités, les femmes enceintes, sur tous les territoires français. Dans tous les cas, l’utilisation possible des deux vaccins disponibles sera envisagée.
Alors que la stratégie de vaccination doit être définie pour l’ensemble des territoires français et toutes les catégories de population, la recommandation envisagée ne concernera pas pour l’instant les voyageurs et les militaires se rendant dans les régions où le risque d’infection par le virus chikungunya est présent. Pour ces catégories de personnes, il est rappelé que le Haut conseil de la santé publique (HCSP) recommande actuellement :
- le vaccin Ixchiq chez les 12 à 65 ans avec ou sans comorbidités, avec contrindication chez les immunodéprimés, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes de 65 ans et plus ;
- le Vimkunya chez les 12 à 65 ans avec comorbidités, y compris les immunodéprimés. L’utilisation peut être envisagée pour les 12 à 65 ans sans comorbidités et les plus de 65 ans avec ou sans comorbidités, mais le HCSP ne se prononce pas sur le cas des femmes enceintes ou allaitantes en raison de l’insuffisance des données disponibles.
Dans sa lettre de cadrage, la HAS rappelle qu’Allemagne, Belgique, Canada, États-Unis et Royaume-Uni ne recommandent à ce jour le vaccin contre le CHIKV qu’aux voyageurs et aux travailleurs de laboratoire manipulant le virus.
Références